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Amazighe

  Amazighe

  Préambule

   La langue et la culture amazighes traversent une situation délicate en raison de conditions objectives afférentes à la   place marginale qui leur est faite dans le cadre des rapports sociaux de production symbolique et en raison aussi des problèmes spécifiques dont elles souffrent. Cet état de choses est préjudiciable à l'ensemble du peuple marocain dont elles constituent les fondements même de l'identité culturelle. Prenant conscience de l'importance des enjeux culturels et linguistiques qu'engendrent les transformations que subit la société marocaine en cette fin de siècle, les associations culturelles qui oeuvrent dans le champ de la culture amazighe ont entamé un large débat sur le présent et le devenir de la langue et de la culture amazighes à l'occasion de la IVe rencontre de l'Université d'été d'Agadir. Le présent texte est le fruit de la réflexion collective qui a marqué ce débat; il se propose comme une contribution au projet global de l'édification de la culture nationale démocratique.

  I. L'identité culturelle du Maroc : l'unité dans la diversité

L'identité culturelle du Maroc se définit objectivement par les données suivantes:

a. L'historicité de la langue et de la culture amazighes et leur enracinement dans la terre marocaine sont attestés depuis plus de 5 millénaires selon les documents archéologiques disponibles.

b. La langue arabe et la culture arabo-musulmanes sont présentes au Maroc en tant qu'éléments constitutifs de l'identité culturelle marocaine depuis la pénétration de l'Islam durant le VIIe siècle.

c. L'interaction de la culture amazighe et des cultures avoisinantes et des cultures exogènes est un fait établi à travers l'histoire du Maroc; cette interaction a enrichi la culture amazighe sans en altérer les propriétés intrinsèques.

Ces données d'ordre historique indiquent indiscutablement que la culture marocaine est composée de plusieurs apports représentant la culture amazighe, la culture arabo-musulmane, la culture africaine et la culture universelle. Cette pluri-dimensionnalité de la culture marocaine n'est donc réductible à une dimension unique qu'au pris de mesures aprioristes et arbitraires.

II. La culture amazighe

La culture amazighe est véhiculée fondamentalement par la langue, la littérature et les arts. Elle représente la culture la plus anciennement attestée au Maroc: elle est l'un des éléments culturels et civilisationnels qui constituent la pluridimensionalité de la personnalité culturelle marocaine. Elle a sauvegardé ses spécificités en dépit des vicissitudes conjoncturelles et de l'apport d'autres cultures.

La culture amazighe a de tous temps été marquée par des caractéristiques qui l'ont aidée à résister à travers l'histoire, parmi elles il y a la cohérence de ses éléments constitutifs et leur cohésion, et la conscience identitaire de ses détenteurs. Les rapports d'équilibre relative que la culture amazighe a entretenus naguère avec les autres cultures en situation d'interaction dialectique avec elle n'ont pas conduit à la perte de ses fondements, dont la mesure où elle emprunte les éléments qui lui sont nécessaires en les adaptant à ses schèmes constants: corrélativement, la culture amazighe enrichit la culture nationale et les cultures voisines et ainsi participe selon ses capacités à la culture universelle.

A l'instar des autres cultures du monde, la culture amazighe imprime le sceau de ses spécificités dans la personnalité de ses dépositaires; de même, elle se développe et évolue selon des lois analogues à celles qui régissent la vie et l'évolution des cultures vivantes.

III. La langue amazighe

La langue amazighe est la langue la plus anciennement attestée au Maghreb. Son aire couvre prés de cinq million de km², elle s'étend d'est en ouest de la frontière égypto-libyenne aux Iles Canaries, et du nord au sud de la rive méridionale de la Méditerranée au Niger, Mali et au Burkina Faso. La communauté la plus importante dont le amazighe est la langue première se trouve au Maroc. De par son antériorité, la langue amazighe constitue le mode d'expression de l'identité première des Marocains; elle représente un fondement essentiel de leur environnement socioculturel comme elle façonne leur inconscient collectif et marque leur personnalité de base. Elle joue présentement le rôle de creuset dans la formation du mouvement culturel amazigh.

La langue amazighe fonctionne comme un système de communication autonome et à part entière; elle est doutée des attributs qui entrent dans la définition scientifique des langues naturelles. Cependant, elle ne représente qu'une valeur négligeable sur le marché des biens symboliques en raison de sa non-standardisation, de son évacuation des programmes d'enseignement et d'instances culturelles, administratives et économiques et également en raison de l'action stigmatisante des appareils idéologiques dominants. Outre ces facteurs qui expliquent la faiblesse objective de sa position, l'amazighe, de part l'étendue de son aire d'extension, souffre de l'éclatement de ses structures en sous-systèmes divergents entraînant sa dialectisation en plusieurs variétés, rendant ainsi malaisée l'intercompréhension entre les locuteurs aux points extrêmes de l'aire linguistique de l'amazighe. Ce processus n'est évidemment pas propre à cette langue puisqu'il est à l'oeuvre de toutes les langues marginalisées.

IV. État de la langue et de la culture amazighes

L'état présent de la langue et de la culture amazighes révèle une contradiction majeure entre leur importance dans la formation de la personnalité culturelle du peuple marocain et la situation dramatique qui est le lot de cette langue et de cette culture; de surcroît, cette contradiction est occultée par la plupart des institutions et des organisations. Cette occultation est manifestée dans les faits suivants:

1. Les textes portant création et organisation de l'Institut National d'études et de recherches consacrés à la langue et à la culture amazighes sont restés lettre morte, les instances législative et exécutive n'ayant pas fait leur devoir en vue de traduire ces textes dans la réalité.

2. Hormis quelques initiatives lucides, les organisations politiques évacuent de manière significative la langue et la culture amazighes de leurs programmes et de leurs analyses en matière d'éducation et de culture, en dépit du fait qu'il s'agit d'éléments constitutifs incontournables de l'identité culturelle nationale.

3. Les programmes des institutions de recherche et d'enseignement supérieur n'accordent qu'un intérêt mitigé à la langue et la culture amazighes en regard de la place qui leur est faite dans les universités et les centres de recherche dans certains pays étrangers.

La marginalisation systématique de la culture et de langue amazighes est la conséquence logique d'un certain nombre de facteurs d'ordre législatif, politique, socioculturel et économique que l'on peut succinctement présenter ainsi:

1. Sur le plan législatif, malgré la réalité passée et présente de la langue et de la culture amazighes , il n'existe pas de textes affirmant le caractère national de cette dimension de la culture marocaine, quoique le Maroc soit signataire des principales conventions internationales garantissant les droits linguistiques et culturels des peuples des peuples sans discrimination.

2. Sur le plan politique , nonobstant la participation massive des Amazighes à la lutte armée pour la libération de la patrie du joug colonial, leurs droits culturels et linguistiques ne sont pas reconnus. Cette occultation est la conséquence des priorités du Mouvement National durant la lutte pour l'indépendance; des options des organisations nationales, de l'orientation du courant salafiste et de la politique de l'Etat après l'indépendance, ces priorités et ces options se résumant dans la volonté d'édifier un Etat national centralisé fondé sur l'idéologie exclusive et de l'unitarisme linguistique et culturel.

3. Sur le plan socioculturel, la langue et la culture amazighes, en tant que produits symboliques du monde rural défavorisé, sont marginalisées à la fois par la pratique politique étatique qui se contente d'exploiter conjoncturellement le monde rural et par les options culturelles programmés en assumant une conception réductrice de l'arabisation; ces choix ont conduit à l'exclusion en général des réalisations socioculturelles que connaît la formation sociale nationale.

4. Sur le plan économique, la précarité de la situation de la langue et de la culture amazighes reflète le degré de paupérisation et de marginalisation des couches paysannes de la périphérie victimes de la déstructuration des bases de l'économie et de la société rurales traditionnelles.

Celles-ci reposaient naguère sur la propriété collective des moyens de production, sur l'entraide collective et sur la gestion des contradictions sociales par le groupe lui-même, elles sont corrodées par l'action de l'économie monétaire fondée sur la concentration du capital et de la propriété foncière et sur la prolétarisation et le déclassement de la paysannerie pauvre.

Sous l'effet de ces facteurs et d'autres encore, la langue amazighe ainsi que leur mode d'expression littéraire et artistique et les valeurs qu'elles véhiculent tombent progressivement dans un état de déliquescence qui accélère le processus d'assimilation culturelle et linguistique de la communauté amazighe. La dominance qu'exerce le modèle culturel et linguistique du centre sur celui de la périphérie est d'autant plus impérieuse que l'urbanisation la population est massive et la dépendance de la campagne à l'égard de la ville généralisée.

V. Perspectives de l'action culturelle amazighe

En égard à la contradiction manifeste dont les termes sont d'une part l'importance, la vitalité et le rôle de la langue et la culture amazighes dans la constitution de la personnalité du Maroc riche par la pluralité et la diversité de ses dimensions, et d'autre part la marginalisation et le refoulement qu'elles subissent, il devient crucial de procéder à la promotion et au développement de la langue et la culture amazighes. Cette mission relève de la responsabilité nationale car elle incombe à l'ensemble des individus, des collectivités et des instances qui dynamisent la formation nationale; elle est aussi une contribution à l'élaboration d'une politique linguistique et culturelle démocratique fondée sur la reconnaissance et le respect des droits linguistiques et culturels légitimes de l'ensemble des composantes du peuple marocain. Cette politique d'ouverture peut-être considérée comme une prémisse dans la perspective de l'édification de la culture nationale démocratique.

Sur cette base, les objectifs à atteindre sont:

1. La stipulation dans la Constitution du caractère national de la langue amazighe à côté de la langue arabe;

2. l'exhumation de l'Institut National d'études et de recherches amazighes chargé d'impulser et d'encadrer les projets de promotion de la langue amazighe en vue de réaliser les tâches suivantes:

  • l'élaboration d'un système graphique unifié permettant de transcrire de façon adéquate la langue amazighe;
  • la standardisation de la grammaire de la langue amazighe;
  • la confection des outils pédagogiques appropriés à l'enseignement de la langue amazighe.

3. l'intégration de la langue et de la culture amazighes dans les divers domaines d'activités culturelles et éducatives, spécifiquement: à moyen terme, leur insertion dans les programmes d'enseignement public et, à court terme, la création d'un département de langue et de culture amazighes dans les universités marocaines;

4. faire bénéficier la langue et la culture amazighes des programmes de recherche scientifique aux niveaux universitaires et académiques;

5. accorder à la langue et à la culture amazighes le droit de cité dans les mass média écrits et audiovisuels;

6. encourager la production et la création dans les différents domaines de la connaissance et de culture en langue amazighe;

7. confectionner, diffuser et utiliser les moyens d'expression et d'apprentissage en langue amazighe.

4 Les langues berbères

Les langues berbères sont parlées au Maroc, en Algérie et en Libye, avec quelques îlots en Tunisie, au Niger et au Mali. Ces langues sont fragmentées en une trentaine de variétés et elles doivent affronter la concurrence de l'arabe. Néanmoins, elles sont parlées par plus de 20 millions de locuteurs. Les langues les plus connues sont les suivantes: tamazight, kabyle, tachelhit, tamasheq, jerba, chaouïa,judéo-berbère, etc. Le berbère possède son système propre d'écriture, de grammaire et de syntaxe. On peut consulter une carte linguistique des langues berbères en Afrique en cliquant ICI

La politique linguistique à l'égard du berbère (amazighe)

La politique linguistique d’arabisation laisse peu de place à la berbérophonie. Les Berbères, qui constituent au moins 25 % de la population marocaine, appuient le gouvernement dans sa politique de pragmatisme et de cohabitation linguistique avec le français, mais l’arabisation est un couteau à deux tranchants, car elle se fait toujours aux dépens du berbère. Jusqu’à tout récemment, l’arabisation excluait automatiquement la langue berbère, puis le discours politique a commencé à changer, car le gouvernement ne peut pas ignorer les 25 % de berbérophones. Certains faits laissent croire que les Berbères entendent bien ne pas laisser mourir leur langue.

5.1 Les associations berbères

Les associations berbères se sont multipliées au Maroc et la langue berbère, totalement ignorée dans les dernières décennies, est de plus en plus utilisée dans la vie sociale. Ainsi, dans les zones berbérophones, les fonctionnaires marocains peuvent – ce n’est pas obligatoire – communiquer en l’une ou l’autre des langues berbères, notamment en tachelhit, en tamazight ou en tarifit. ةvidemment, les associations berbères ne dépendent pas de la politique gouvernementale, mais elles peuvent influencer celle-ci par des moyens de pression.

Au nombre de ces associations, mentionnons l'Association Tafsut (Agadir), L'Association Recherche culturelle et éducative (Agadir), l'Association Douar Aourir (Agadir), l'Association Tiwitza tagadirt aabadu (Agadir), l'Association culturelle Azekka (Azilal), l'Association Tamesna (Casablanca), l'Association culturelle Souss (Casablanca), l'Association Tizi (El Hajeb), l'Assosiation Tidukla (El Jadida), l'Association Asafar (Errachidia), l'Association culturelle Asirem (Errachidia), etc.; il y en a des dizaines du genre.  Beaucoup d'associations ont leur siège sociale en France: le Mouvement culturel Berbère-France, le Collectif culturel berbère, l'Annuaire berbère, Asaru, l'Union des femmes pour la culture berbère,  Espace franco-berbère de Creteil-Azul, Arbalou à la rencontre des Berbères de l'Atlas, l'Association des chrétiens originaires de Kabylie et leurs amis, la Fédération des associations berbères, la Maison de Kabylie, le Mouvement culturel berbère, l'Association Tamazgha, l'Association berbère de Montréal, l'Assocation socioculturelle «Le printemps amazigh», etc. Il existe également des associations berbères dans d'autres pays.

5.2 Le système éducatif

En 1995, grâce à l’aide de la Banque mondiale, le gouvernement marocain avait formé une commission pour travailler à la réforme de l'ensemble du système éducatif et évaluer la possibilité d’enseigner le berbère dans les écoles. Toutefois, la commission n’a jamais fait appel à des spécialistes berbères et a même recommandé le maintien de l'arabisation totale de l'enseignement. C’est pourquoi, jusqu'à récemment, l’enseignement du berbère demeurait interdit. Certains spécialistes marocains, tant arabophones que berbérophones, affirment que, de toute façon, il y aurait pénurie de maîtres formés à cet enseignement et qu’il n’existe pas de matériel pédagogique en berbère. Néanmoins, en mars 2003, l’Institut royal de la culture amazighe et le ministre de l’ةducation nationale se sont entendus pour définir le cadre général de coopération entre les deux institutions et la signature d’une entente globale concernant l’intégration de l’amazighe dans le système éducatif. Une commission mixte, chargée de traiter les aspects éducatifs et techniques de la question, a été également instituée. Suite à ces ententes, plusieurs mesures ont été prises. Citons les suivantes: 

- commencer l’enseignement de l’amazighe dans la première année de l’enseignement primaire à partir de septembre 2003, au sein d’un échantillon d’écoles, dans la perspective de son introduction;

- préparer un plan de formation fixant les programmes et les méthodes d’encadrement à l'intention des enseignants, des directeurs et des inspecteurs;

- préparer le programme de l’amazighe pour les différents niveaux et cycles éducatifs;

- réaliser une étude de terrain dans les écoles, faisant partie de l’échantillon, qui commenceront à enseigner l’amazighe, dans le but de définir les compétences des enseignants, leurs besoins et leur degré de motivation;

- préparer les outils didactiques nécessaires à la réalisation d’un enseignement moderne pour l’amazighe.

5.3 L'écriture tifinague

Par ailleurs, Sa Majesté le roi Mohammed VI a donné son approbation à la proposition de l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM) concernant l’adoption de la graphie tifinaghe (tifinak ou tifinar) pour l’enseignement de l’amazighe dans ses trois variétés (tarifit, tamazight et tachelhit). C'est en février 2003 que le Conseil d’administration de l’IRCAM a décidé de choisir le tifinaghe parmi trois types d'alphabets candidats (le tifinaghe, le latin et l'arabe) comme graphie à adopter pour enseigner l’amazighe dans les écoles primaires. Accueilli positivement par la majorité écrasante des composantes du Mouvement culturel amazighe, ce choix semble avoir mis fin à un débat houleux et polémique visant «à priver la langue amazighe de sa propre écriture».

L’alphabet tifinaghe comportera 33 lettres et ne représentera aucune des données phoniques d’aucun parler particulier (tarifit, tamazight et tachelhit), car il est conçu pour écrire l’amazighe standard. La particularité de cet alphabet est de neutraliser dans la langue écrite les traits phonétiques à caractère. Le sens de la lecture et l’écriture tifinaghe est orienté vers la droite. En ce qui a trait à cet alphabet, on peut visiter le site de Monde berbère.comen cliquant ICI, s.v.p.

Toutefois, les Berbères ne sont pas tous d'accord sur la graphie tifinaghe, laquelle est à base d'alphabet arabe. Ainsi, l'Association tamazgha accuse l'IRCAM de «complot visant à freiner l'usage de la graphie gréco-latine largement diffusée». Il s'agirait d'une «stratégie pour propulser l'usage de la graphie arabe, en vue de l'imposer par l'usage». Dans un contexte où l'arabisation est une affaire d'ةtat et où l'amazighe a longtemps été combattu par l'ةtat, l'usage de la graphie arabe jouerait en faveur de l'arabisation. Pour l'Association Tamazgha, il ne faudrait pas voir dans l'adoption de la graphie tifinaghe un geste en faveur de l'amazighe. Rappelons que l'écriture tifinaghe est vieux de trois mille ans et qu'il a été utilisé pour des besoins décoratifs et artistiques en ةgypte, au Niger, au Mali, au Burkina Faso et aux îles Canaries. 

5.4 Les médias

Pour ce qui est de la radio et de la télévision, l'ةtat marocain diffuse quelques émissions dans trois langues berbères: en tachelhit, en tamazight et en tarifit. Dans l’affichage, le berbère n’est évidemment jamais employé, et ce, d’autant plus qu’il n’est pas considéré comme une langue écrite. Même les textes législatifs adoptés par le Parlement marocain ne font jamais mention de la langue berbère. Dans les circonstances présentes, on ne voit pas comment la reconnaissance politique et juridique du berbère peut se concrétiser. De plus, ni les instances administratives concernées ni les premiers intéressés par la berbérophonie ne se sont engagés dans une mise en oeuvre qui traduise, dans les faits, cette reconnaissance.

5.5 Les noms berbères

Enfin, en 1996, le gouvernement marocain faisait adopter une nouvelle loi (loi du nom de Dahir no 1.96.97) dont le but est d'imposer un règlement sur le choix des noms que tous les citoyens marocains doivent utiliser chez eux et à l'étranger. Cette loi impose une liste officielle de prénoms d’origine marocaine. Or, il appert que ces prénoms d’origine marocaine sont exclusivement arabes et non berbères. La loi marocaine de 1996 contient les dispositions suivantes:

On désigne sous le nom de Berbères les populations qui, sur un territoire s'étendant de la Méditerranée au sud du Niger et du Nil aux rivages de l'Atlantique, parlent ou ont parlé des dialectes se rattachant à une langue mère: le berbère. D'origine discutée, ce mot, déjà utilisé par les Grecs et les Romains, transmis par les Arabes, désignait pour ces derniers la population autochtone et non romanisée de l'Afrique du Nord. Consacrée par l'usage, cette appellation n'est pas celle que se donnent les intéressés. Les Berbères s'identifient eux-mêmes par le nom de leur groupe (Touareg, Kabyle) et utilisent parfois le mot Imazighen, qui signifie «hommes libres», pour désigner l'ensemble des Berbères. La politique d'arabisation menée par les gouvernements au lendemain de la décolonisation a suscité chez les Berbères le besoin de reconnaissance d'une identité culturelle. Traditionnellement agriculteurs ou pasteurs-nomades, ils ont cependant été touchés par l'exode rural et leur implantation en zone urbaine a très certainement accentué ce phénomène.

1-  Histoire des Berbères


           
Abordée dans l'Antiquité, réduite puis gelée par de subtiles spéculations généalogiques à l'époque médiévale, reprise à l'époque coloniale, la question des origines des Berbères, cherchées tantôt dans les sources linguistiques, tantôt dans les rapports ethniques, reste mal résolue.

Les origines

               Au VIIIe millénaire av. J.-C., un type d'homme anthropologiquement proche des habitants actuels du Maghreb fit son apparition. Probablement d'origine orientale, cet Homo sapiens sapiens, appelé «capsien» de Capsa, nom antique de Gafsa (Tunisie) , serait l'une des composantes de la souche berbère. Il se serait étendu d'abord aux parties orientale et centrale du Maghreb, puis en direction du Sahara. On lui connaît des équivalents dans certains pays méditerranéens (civilisation natoufienne).

 Le Maghreb s'enrichit aussi d'autres apports; du nord, par l'est et par l'ouest, à travers les détroits de Messine et de Gibraltar, arrivèrent des populations européennes. Certaines nécropoles et tombes maghrébines témoignent de la présence dès le IIIe millénaire d'une population noire venue du sud, probablement à la suite de l'assèchement du Sahara. Au IIe millénaire, d'autres petits groupes continuèrent à affluer au Maghreb. C'est à ce fonds paléoberbère divers, mais à dominante capsienne (c'est-à-dire appartenant à la culture préhistorique de Capsa), que les spécialistes rattachent les Proto-Libyens, ancêtres des Berbères. Des données physiques mais aussi culturelles même emploi rituel de l'ocre rouge, même utilisation et décoration de l'œuf d'autruche sont souvent invoquées pour appuyer la thèse de la parenté entre capsiens et Proto-Libyens.

Les sources

                 Les Proto-Berbères, installés à l'ouest du Nil, nous sont connus grâce aux inscriptions et aux documents égyptiens. Les Tehenou et les Temehou au IIIe millénaire, les Libou et les Maschwesch au IIe millénaire y sont souvent décrits comme des peuples belliqueux et puissants. Ces Proto-Berbères de l'Est parvinrent à se constituer en véritable puissance et réussirent, au début du Ier millénaire, à se rendre maîtres de l'ةgypte.

                 Nous disposons dans l'art préhistorique d'une source relative à l'apparition des Proto-Berbères dans les massifs centraux sahariens, où des centaines de peintures rupestres ont été recensées. Les fresques du tassili des Ajjer, du IVe millénaire au milieu du IIe, figurent pour la première fois des Proto-Berbères. L'espace saharien, auparavant peuplé de Noirs, vit l'arrivée de populations blanches, probablement d'origine septentrionale, qui auraient progressé à partir du bas Sahara algérien et tunisien. Au Néolithique final et à l'époque protohistorique, la présence des Proto-Berbères dans le Sahara s'intensifia. Les fresques les représentent conduisant des chars tirés par des chevaux. L'introduction du cheval dans cette région probablement à partir de l'ةgypte permit aux Proto-Berbères de dominer les pasteurs mélanodermes. Au Ve siècle av. J.-C., Hérodote signala l'importance des chars sahariens, en précisant que les Garamantes du Fezzan et du tassili des Ajjer s'en servaient encore pour chasser les populations noires. Cette occupation du Sahara se poursuivit au début de l'époque historique.

Du Ier  millénaire à la reconquête byzantine

               Au Ier millénaire av. J.-C., les Berbères se répartissaient en une multitude de peuples: Nasamons et Psylles en Tripolitaine et en Cyrénaïque, Garamantes au Sahara oriental, Numides au Maghreb oriental et central, Gétules nomadisant entre le désert et les hauts plateaux, Maures au Maghreb occidental. Divisés en de nombreuses tribus parfois rivales, éparpillés sur une vaste aire géographiquement morcelée, ils ne purent s'unifier face à leurs conquérants carthaginois, romains, vandales ou byzantins.

Les premiers royaumes berbères

                Toutefois, à la fin du IIIe siècle av. J.-C., des tentatives d'organisation politique et d'unification virent le jour; trois royaumes firent ainsi leur apparition: les royaumes masaesyle, massyle et maure. Le premier, éphémère, ne survécut pas à son roi Syphax (avant 220-203); le second, au contraire, connut sous le règne de Masinissa (203-148) un grand essor. Après avoir absorbé son voisin et rival masaesyle, il s'étendit à toute la Numidie, l'unifia politiquement et parvint à englober, aux dépens de Carthage, d'autres territoires situés dans la région des Syrtes. Ce grand royaume se maintint sous le règne de Micipsa (148-118); mais Rome, installée depuis 146 sur les dépouilles de Carthage, ne pouvait longtemps s'accommoder de ce voisinage. Malgré la résistance militaire de Jugurtha (111-105), le royaume numide finit par tomber sous la dépendance de Rome. Le royaume maure connut le même sort: les Romains l'annexèrent en 40 apr. J.-C. Dès lors et jusqu'en 429, une grande partie de l'Afrique du Nord passa sous leur domination.

La domination romaine

              La mainmise de Rome ne se traduisit pas par l'assimilation totale des Berbères. Les Musulames (Numides) sous Tibère, les Nasamons et les Garamantes sous Auguste et Domitien, les Maures sous les règnes d'Hadrien, d'Antonin, de Marc-Aurèle et de Commode, les Gétules plus tard s'insurgèrent de façon répétée, et parfois durable. Au IIIe siècle de nombreuses tribus fusionnèrent en confédérations et harcelèrent les Romains, au point que Dioclétien finit par renoncer à la Mauritanie Tingitane ainsi qu'à l'ouest de la Mauritanie Césarienne. Au IVe siècle le schisme donatiste donna aux Berbères un moyen de s'opposer à la domination romaine. Le soulèvement des circoncellions, la révolte de Firmus (372-375), celle de Gildon (398) ajoutèrent aux difficultés d'un pouvoir romain déjà affaibli.

 Au milieu du Ve siècle, les Vandales s'emparèrent de Carthage et occupèrent une partie de l'Afrique romaine, la Tunisie et l'est de l'Algérie. L'Aurès, la Kabylie, la Mauritanie et la Tripolitaine ne tombèrent pas sous leur domination et des tribus berbères purent se constituer en royaumes indépendants. La reconquête byzantine, entreprise en 533, mit fin à la suprématie vandale et, en quelques mois, l'Afrique du Nord redevint romaine. Néanmoins, les Berbères continuèrent leur mouvement d'autonomie amorcé au siècle précédent.

De la conquête arabe (VIIe siècle) à l'Empire almohade (XIIe siècle)

                     Dans leur conquête de l'Afrique du Nord, les Arabes, qui triomphèrent des Byzantins, eurent à s'opposer au roi berbère Koçeila (683-686) et à la reine de l'Aurès, el-Kahéna, (695-700). Malgré cette résistance, les Berbères durent s'incliner et se convertir à la religion de leurs conquérants: l'islam. Ils y trouvèrent matière à une tout autre résistance. Par le biais du kharidjisme, ils entrèrent rapidement en révolte contre les Orientaux.

 Le mouvement commença vers 740 à l'ouest puis s'étendit à tout le Maghreb. Son ampleur fut telle que les troupes arabes mirent plus de vingt ans à récupérer la seule Ifriqiya. Ailleurs, des ةtats indépendants petit ةtat des Barghawata sur le littoral atlantique (744 après 1050), royaumes de Tahert (761-908), de Sidjilmasa (772-997), de Nakkur dans le Rif (809-917), principauté sofrite de Tlemcen (765-avant 790?) échappèrent au contrôle du pouvoir central abbasside.

L'agitation reprit au Xe siècle au nom du chiisme, que les Berbères adoptèrent en réaction à l'orthodoxie sunnite de l'islam; l'Ifriqiya aghlabide (800-909), royaume rattaché nominalement aux Abbassides, tomba en 910 entre les mains des chiites fatimides aidés par les Berbères Ketama de Petite Kabylie.

L'introduction du chiisme ismaélien en Afrique du Nord eut pour conséquence l'affaiblissement du kharidjisme puis le retour en force du sunnisme. Après 950, le kharidjisme ne subsista que dans des zones refuges. Une autre conséquence du chiisme fut la division des Berbères en deux groupes rivaux: les Sanhadjas, qui avaient embrassé la cause fatimide, et les Zénètes, qui furent les alliés des Omeyyades d'Espagne. Cette rivalité s'exprima après le départ des Fatimides pour l'ةgypte en 973, et, au début du XIe siècle, le Maghreb connut un état de fractionnement politique. Les royaumes berbères se multiplièrent: ziride (973-1060) et hammadide (1015-1163) fondés par les Sanhadjas; ceux de Tlemcen, de Sidjilmasa et de Fès contrôlés par les Zénètes. Au Xe siècle, des invasions de nomades arabes de la tribu des Hilaliens contribuèrent à maintenir ce fractionnement politique jusqu'au moment où, dans l'ouest du Maghreb, un mouvement berbère cohérent se constitua: le mouvement almoravide. Partis du Sahara, les Lamtouna entreprirent une conquête progressive de la partie occidentale du Maghreb. Sous la conduite de leur chef, Youssef ben Tachfin, ils étendirent leur empire, à l'est, jusqu'au massif de la Grande Kabylie (1082-1083). Moins de dix ans après, les Berbères almoravides devinrent maîtres de toute l'Espagne musulmane. L'hégémonie de la dynastie almoravide persista jusqu'en 1147.

Un mouvement religieux, apparu en réaction contre les mœurs des Almoravides jugées trop tolérantes, fut à l'origine de la dynastie almohade. Des tribus du Haut Atlas marocain, sous l'impulsion de Mohammad ibn Toumart, réussirent à unifier tout l'Islam occidental, de la Tripolitaine à l'Espagne. L'Empire almohade connut son apogée à la fin du XIIe siècle.

Du XIIIe siècle à nos jours

ہ partir de la seconde moitié du XIIIe siècle, le Maghreb retrouva un état de division: Abdelwadides à Tlemcen, Mérénides à Fès, Hafsides à Tunis se partagèrent la Berbérie. Ni ces dynasties ni les suivantes ne parvinrent à redonner au Maghreb une quelconque unité. Minés de l'intérieur par le retour des grandes confédérations tribales, menacés de l'extérieur par les chrétiens, les ةtats maghrébins de l'Est et du Centre finirent par tomber sous une longue dépendance turque. L'Ouest, gouverné par les Saadiens (1549-1659) puis par les Alaouites, ne connut pas plus de stabilité.

Aux XIXe et XXe siècles, tout le Maghreb passa, pour plusieurs décennies, sous la domination française. Depuis l'instauration de l'indépendance des pays de l'Afrique du Nord et de l'Afrique noire, les populations berbères connaissent souvent une situation difficile, tant politique que culturelle, ainsi les Kabyles en Algérie ou les Touareg en Algérie et au Niger.

2- Organisation politique des Berbères

Les Berbères connurent plusieurs formes d'organisation politique. Le modèle le plus répandu et le plus caractéristique semble avoir été une sorte de petite république villageoise: une assemblée populaire, la djemaa, au sein de laquelle seuls les anciens et les chefs de famille prennent la parole


Par ailleurs, nous connaissons deux modèles d'organisation politique citadine. Le premier et le plus ancien fut de type municipal; la cité numide de Thugga (Dougga, en Tunisie) connut au IIe siècle av. J.-C. un gouvernement municipal réunissant, autour d'un aguellid (magistrat suprême) nommé chaque année, un conseil de citoyens et de magistrats. Le second, beaucoup plus récent, et de type théocratique: chez les Mzabites, qui en fournissent le modèle, l'essentiel du pouvoir est tenu par une assemblée composée de azzaba et de tolba (hommes de religion) et secondée par un conseil des anciens.

Ces unités politiques village ou cité n'étaient pas toutefois le fondement du pouvoir; celui-ci était accaparé par des entités plus importantes, tribus et confédérations. L'histoire politique des Berbères est jalonnée par de grands regroupements qui comme chez les Numides et les Maures dans l'Antiquité débouchèrent parfois sur des embryons d'ةtats. L'exemple le plus original et le mieux connu d'une organisation politique berbère de type confédéral est celui des Aït Atta, dans le sud-est du Maroc. Cinq segments, ou khoms, constituaient la confédération; celle-ci avait à sa tête un chef suprême élu chaque année dans un segment différent par des électeurs des quatre autres segments. Chaque tribu conservait cependant son autonomie et élisait son propre chef. Ce système d'organisation segmentaire et quinaire, que les Romains nommaient quinquegentiani, dut être dans l'Antiquité celui des Berbères.

L'exemple touareg

ہ ce modèle d'organisation politique, qui peut être qualifié de démocratique, s'oppose celui, aristocratique, des Touareg. La société des Touareg du Hoggar était, jusqu'à ces dernières années, hiérarchisée en classes distinctes: les imohar, nobles guerriers parmi lesquels était obligatoirement choisi l'aménokal, le chef suprême; les imrad, tributaires des nobles, qui constituaient de nombreuses tribus d'éleveurs, placées chacune sous l'autorité d'un amghar.

Cependant, l'absence d'assise territoriale et de certaines règles politiques élémentaires, notamment celles relatives à la transmission du pouvoir, contribua pour une large part au caractère éphémère des ةtats berbères. Les royaumes ou ce qui fut qualifié de tel par les auteurs de l'Antiquité n'étaient souvent que des agrégats de tribus, voire des chefferies

3- Organisation sociale des Berbères


L'organisation sociale berbère est de type segmentaire et hiérarchisé. La famille constitue la plus petite unité sociale; au-dessus se trouve le lignage, groupement de plusieurs foyers liés par une ascendance commune et établis en village, ou en douar pour les nomades. Viennent ensuite la fraction (ensemble de clans et de villages), puis la tribu (groupement de fractions), enfin la confédération (alliance occasionnelle de tribus). ہ l'intérieur de tous ces segments, les liens du sang réels au niveau des petites unités, fictifs dans les grandes constituent le fondement de la cohésion sociale et entretiennent chez les membres du groupe un fort esprit de solidarité (corvées collectives, usage de greniers collectifs, etc.). La vie sociale est régie par un droit coutumier qui veille à la défense du groupe.

4- Religion

En l'absence de documents écrits, il est difficile d'appréhender les idées religieuses des Berbères de la haute Antiquité. Seules les découvertes de l'archéologie position des corps, objets d'offrande, animaux de sacrifices révèlent l'existence de rites funéraires à cette époque. Puis, par contact avec d'autres peuples et civilisations, vinrent s'ajouter aux cultes autochtones parfois en s'y superposant ceux de nombreuses divinités. De ces apports étrangers, le phénicien fut le plus durable. Longtemps après la disparition de Carthage, des Berbères continuèrent à adorer sous les noms de Saturne et de Junon Caelestis les divinités phéniciennes Baal Hammon et Tanit.

Sans être mineur, l'apport romain fut sporadique, et se heurta à la résistance culturelle berbère. Tout autre fut l'influence du christianisme. La position de Carthage au carrefour de l'Orient et de l'Occident, l'omnipotence à l'époque romaine du dieu africain Saturne, l'existence précoce en Proconsulaire (Tunisie) et en Numidie (Algérie) de communautés juives prosélytes préparèrent le terrain et frayèrent la voie au monothéisme chrétien.

Le christianisme

Le christianisme se développa en Afrique plus tôt que dans les autres provinces occidentales de l'Empire romain. Dès la fin du IIe siècle, il compta de très nombreux adeptes. Un concile tenu à Carthage en 220 réunit 71 évêques; un autre, vingt ans plus tard, en groupa 90. Ce succès alla croissant malgré les persécutions répétées du pouvoir impérial; celle de Dioclétien, en 303-304, fut terrible, et beaucoup de chrétiens africains apostasièrent sous la contrainte. C'est à cette époque que naquit sous l'impulsion de Donat, évêque de Numidie, un mouvement que les historiens ont appelé «donatisme»; celui-ci revendiquait la pureté de l'ةglise et dénonçait les reniements de certains prêtres. Purement théologique initialement, ce mouvement évolua vers une opposition à la domination romaine.

Cependant, l'évangélisation se poursuivit, dépassant parfois les limites géographiques de l'Empire romain. Toutefois, malgré des conversions tardives comme celle des Garamantes, au sud de l'Atlas, vers 568-569 , le christianisme resta une religion principalement urbaine.

L'islam

La conversion des Berbères à l'islam fut massive. Implantée d'abord dans les cités, la nouvelle religion gagna progressivement les campagnes, les plateaux et le Sahara méridional. En se convertissant à l'islam, les Berbères ne renoncèrent pas à leur esprit d'indépendance. C'est sur le terrain même de la religion qu'ils exprimèrent leur opposition aux Orientaux. Des deux grands courants dissidents nés des discussions à propos de la succession du Prophète, le chiisme et le kharidjisme, c'est ce dernier qui eut auprès des Berbères un grand retentissement. Austère et égalitaire, le kharidjisme ne manqua pas de les séduire. ہ bien des égards, et bien que né hors d'Afrique, le kharidjisme rappelle dans l'histoire de l'islam maghrébin le donatisme berbère de l'époque chrétienne. Par opposition, les kharidjites berbères, après des révoltes sanglantes, formèrent des royaumes indépendants tels ceux de Tahert et de Sidjilmasa.

Au Xe siècle, les Ketama de Petite Kabylie constituèrent au profit du mahdi Obeid Allah un grand empire chiite (fatimide). L'orthodoxie (le sunnisme) ne triompha qu'à partir du XIe siècle; son succès fut l'œuvre d'autres Berbères: les Sahariens nomades Lamtouna d'abord, les montagnards Masmouda ensuite l'imposèrent définitivement. Avec l'avènement au XIIe siècle de l'Empire almohade, la dissidence religieuse ouverte fut bannie du Maghreb. Seul le kharidjisme, dans sa tendance ibadite, survécut au mouvement réformateur almohade. Du djebel Nefousa, en Libye, au Mzab, en Algérie, et à l'île de Djerba, en Tunisie, des communautés ibadites se sont maintenues jusqu'à nos jours.

5- Langue

La langue berbère constitue aujourd'hui un ensemble de parlers locaux éparpillés sur un vaste territoire. En dehors de certaines zones à forte unité géographique telles que les Kabylies en Algérie ou le pays chleuh au Maroc , ces parlers ne permettent que rarement l'intercompréhension des différents peuples. L'arabe comme hier le latin ou le punique permet la communication d'un groupe à l'autre. Cette situation linguistique n'est pas originelle; malgré leur diversité, ces parlers berbères ont des structures syntaxiques communes.

On suppose qu'une langue berbère homogène a existé avant d'éclater en 4 000 à 5 000 idiomes. L'histoire de la langue berbère reste cependant de reconstruction difficile. Le linguiste dispose de quelques fragments de textes en berbère, des ethniques, des toponymes et anthroponymes conservés par les sources arabes médiévales. C'est peu pour restituer l'évolution d'une langue. Le libyque, dans lequel sont rédigées plus de 1 200 inscriptions d'époque antique, est tenu pour une forme ancienne du berbère, sans que des preuves scientifiques aient été fournies.

L'alphabet libyque connu d'après certaines inscriptions s'apparente à celui du touareg actuel, le tifinagh, et les données de l'anthroponymie et de la toponymie militent en faveur de la parenté et de la continuité entre le libyque et le berbère.

Pour mieux connaître la langue berbère et pallier le manque de documentation historique, les spécialistes ont aussi recouru au comparatisme. On a cherché très tôt à apparenter le berbère à d'autres idiomes. Ainsi le guanche, langue parlée jusqu'au XVIIe siècle aux îles Canaries, lui fut-il rattaché. Le berbère fut également rapproché du haoussa et du basque. Ces démarches se sont révélées infructueuses. En fait, la théorie qui place le berbère dans un grand ensemble linguistique à côté de l'égyptien ancien, du couchitique et du sémitique emporte actuellement l'adhésion de la plupart des linguistes.

6- Littérature

               Dès le VIe siècle av. J.-C., le berbère fit l'objet d'une écriture: le libyque. De très nombreuses inscriptions attestent l'utilisation par les Berbères, dès l'Antiquité, d'un alphabet consonantique proche de celui utilisé de nos jours chez les Touareg. L'écriture libyque devint usuelle surtout dans les zones sous forte influence punique Tunisie septentrionale, Nord constantinois et Maroc du Nord , malgré une certaine évolution; cependant, elle ne put se généraliser et disparut à l'époque romaine.

                  Les Berbères utilisèrent assez tôt les langues étrangères. C'est en latin qu'écrivirent des auteurs africains aussi illustres qu'Apulée, Tertullien, saint Cyprien ou saint Augustin. Le latin, langue de l'administration dans les provinces romaines d'Afrique, devint aussi, avec le christianisme, langue de religion. L'islamisation entraîna par la suite l'arabisation linguistique des Berbères.

  Toutefois, à l'époque islamique, il y eut encore une littérature berbère écrite; peu fournie, et essentiellement de nature religieuse, elle consista en quelques textes et ouvrages transcrits en caractères arabes avec des signes additionnels. ہ côté de traités ou de commentaires de religion, souvent attribués aux ibadites ou aux Almohades, il faut mentionner deux Coran rédigés en berbère et attribués l'un à Salah ben Tarif (VIIIe siècle), l'autre à Hamim des Ghomara du Maroc septentrional (Xe siècle). Les archives, rares et récentes, consistent pour l'essentiel en textes juridiques. Le droit berbère de tradition coutumière fut consigné par écrit à des époques différentes. Ainsi des règlements de nature pénale furent rassemblés en recueils. Certains de ces documents, originaires du pays chleuh, dateraient du XIVe siècle apr. J.-C., d'autres furent rédigés à des époques plus tardives. Le corpus des recueils de droit coutumier berbère s'est enrichi récemment de nouveaux documents marocains publiés dans leur langue originale.

   Autrement importante fut et demeure la littérature orale berbère. Des contes et des légendes fidèlement conservés par la mémoire féminine constituent une bonne partie de la tradition orale. La poésie est également riche et ne manque pas d'originalité. Les Berbères eurent de grands poètes dont certains tel le Kabyle Mohand (vers 1845-1906) ou la targuia Daçin furent de véritables aèdes. D'autres, itinérants et professionnels, tels les amedyaz du Haut Atlas au Maroc ou les ameddahs de Kabylie, surent longtemps entretenir la mémoire collective berbère.

 

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Dernière mise à jour de cette rubrique le 05/09/2007

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